
Ensuite, le scénario a changé. Après l’annexion française en 1681, la zone est devenue stratégiquement importante. L’arsenal municipal qui s’y trouvait abritait une fonderie royale de canons, et le pouvoir à Strasbourg a commencé à se déplacer de la place Gutenberg vers cette extrémité de la ville. En 1740, le maréchal François-Marie de Broglie, alors gouverneur de Strasbourg, a planté des tilleuls et transformé l’ancien marché aux chevaux en une promenade à la mode. Même terrain, nouveau sens. Strasbourg fait souvent cela.
La voix la plus célèbre ici fut celle de Philippe-Frédéric de Dietrich, maire de Strasbourg. En avril 1792, le capitaine Rouget de Lisle est venu à la demeure de Dietrich sur cette place et a chanté l’hymne de guerre que Dietrich lui avait demandé d’écrire après que la France a déclaré la guerre à l’Autriche. Cette chanson est devenue La Marseillaise. Alors oui... l’hymne national français n’est pas né sur un champ de bataille, mais dans la maison d’un maire ici même, avant de retentir publiquement sur cette place. C’est du pur Strasbourg: un espace civique qui se transforme en scène nationale.
Et les noms ont continué à changer au gré de ceux qui tenaient la plume. Pendant la Révolution, les autorités l’ont rebaptisée place de l’Égalité. Lors de la seconde annexion allemande, le régime nazi l’a renommée Adolf-Hitler Platz. Ces changements n’étaient pas cosmétiques. C’étaient des revendications de propriété, gravées dans le langage quotidien.
Sa configuration actuelle date principalement du XIXe siècle, lorsque le théâtre municipal a été construit entre 1804 et 1821, et que le vieux fossé des tanneurs a été comblé vers 1832. Si vous le souhaitez, regardez l’image avant/après; elle montre comment l’ère de l’ancien kiosque à musique a cédé la place à la place bordée de circulation que vous voyez aujourd'hui.
Autour de vous, la place se lit toujours comme une distribution de rôles: l’hôtel de Hanau, devenu l’hôtel de ville; la résidence du gouverneur; l’ancien Kornspeicher, un grenier à grain médiéval; les monuments à Kellermann, Leclerc et La Marseillaise. Ici, la mémoire publique ne chuchote pas. Elle prend le micro.
Maintenant, tournez vos yeux vers l’opéra, avec ses colonnes ioniques géantes et ses six muses au sommet. C’est là que le goût de cette place pour la performance devient littéral... et c’est notre prochaine étape, à environ quatre minutes d’ici.

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