
Sur votre gauche, cherchez une façade en pierre pâle dotée d'un grand portail central étroit et, derrière, la célèbre tour d'escalier ocre qui donne à cette maison son chaleureux surnom de rose.
Il s'agit de la Maison du Crible... bien que la plupart des habitants la connaissent sous le nom de Tour Rose. Depuis la rue, elle joue un petit jeu malicieux. Au premier coup d'œil, elle semble réservée, presque polie. Puis, vous remarquez que l'entrée se situe en plein centre de la façade. C'est l'indice. Ici, dans le Vieux Lyon, la plupart des anciennes portes se décalent sur le côté, modestes comme un comptable à un mariage. Celle-ci s'avance et affirme: oui, j'ai de l'importance.
C'était exactement le but recherché.
Vers quinze cent cinquante, Martin de Troyes, haut responsable des finances royales et officier municipal, a probablement reconstruit cette maison comme un symbole de réussite. Dans le Lyon de la Renaissance, les élites marchandes et les officiers municipaux ont façonné la ville tout autant que les nobles. Ils construisaient pour les affaires, pour la famille et pour leur réputation... et ils concentraient leurs ambitions dans les portails, les escaliers et les cours plutôt que dans des monuments publics gigantesques.
Si vous regardez l'image dans l'application, vous pouvez voir ce portail centré plus clairement, ainsi que l'utilisation actuelle de la maison en tant que paroisse orthodoxe. Aujourd'hui, ce bâtiment abrite la paroisse orthodoxe française, une nouvelle couche ajoutée sans effacer l'ancienne.

Le roi Henri IV y a même séjourné quelques jours en seize cents, lorsqu'il est venu épouser Marie de Médicis à la cathédrale Saint-Jean, située à une courte distance. Pas mal pour une maison privée rue du Bœuf.
Le nom « Crible » reste un petit mystère. Certains l'ont lié à la perception des impôts, d'autres à une ancienne enseigne de magasin. Les historiens ne croient pas à la légende romantique selon laquelle une jeune femme au cœur brisé aurait sauté de la tour, la tachant de sang. Une belle histoire, mais des preuves fragiles.
Cette maison est située dans un quartier historique classé par l'UNESCO, et même sa traboule - un passage traversant un bâtiment - est reconnue. À partir d'ici, Lyon commence à paraître plus intime: moins d'empire, plus de stratégie domestique. Ensuite, nous nous dirigeons vers Saint-Paul, où le commerce, l'apprentissage et le culte s'entremêlaient dans un même quartier... à environ sept minutes.

À l'intérieur de la tour d'escalier en colimaçon: la Tour Rose est connue pour l'escalier qui donne à la maison son nom.






