Pour repérer le Musée d’art populaire José Hernández, cherchez ce beau petit hôtel créme aux volets arrondis, flanqué de grandes bannières MAP bleues, juste derrière la grille en fer au coin des rues ombragées.
Laissez-moi vous emmener dans une aventure au cœur des traditions argentines! Vous voilà devant un bâtiment qui semble avoir voyagé dans le temps, mêlant l’élégance des résidences françaises et italiennes à la chaleur de l’art populaire… Fermez les yeux un instant et imaginez: à la fin du XIXe siècle, ce quartier paisible résonnait des pas feutrés des familles de l’élite et du bruissement des feuilles dans les jardins. La maison appartenait à Félix Bunge, qui a eu la générosité farfelue - ou la clairvoyance? - de demander dans son testament que sa demeure devienne un musée dédié à l'art traditionnel argentin. Quand la municipalité a accepté ce don, une toute nouvelle aventure commença…
Mais ne vous attendez pas à un musée poussiéreux! Ici, c’est toute l’âme du peuple argentin qui s’anime à travers des objets du quotidien, des textiles mapuche multicolores tissés avec patience, de la vaisselle en argent scintillante à la lumière, ou encore d’anciennes selles de cheval qui portent l’odeur du cuir et les chants des pampas. On y trouve même des sabres, des armes de feu et des instruments de musique. Chaque pièce raconte l’histoire d’un artisan, qu’il soit indigène, gaucho ou immigré européen. D’ailleurs, si vous tendez l’oreille, vous entendrez peut-être encore l’écho des voix joyeuses lors d’un bal ou d’un carnaval Corrientes, grâce aux costumes de fête et masques colorés exposés!
Saviez-vous qu’au départ, les vitrines étaient remplies d’armes et de ponchos mapuches, offerts par Bunge? Puis, au fil du temps et des directeurs, le musée s’est enrichi de dons précieux, comme celui de Carlos G. Daws, un passionné qui avait réuni, rien que pour le plaisir, 2 600 objets du monde rural. On acheta aussi des pièces rares lors de voyages dans le Nord-Ouest argentin ; parfois, des objets sont venus tout seuls, portés par la passion des collectionneurs ou… la curiosité des visiteurs! Un des joyaux, ce sont les œuvres d’Hermógenes Cayo, artiste de la Puna, maître imagier et tisseur, pour qui chaque création était un poème de laine et de résistance face aux vents andins.
Le MAP n’a jamais cessé de bouger, et même aujourd’hui, il expose la neoartesanía : l’artisanat innovant, où tradition se mêle à design, matériaux modernes, et même… recyclage! Certains artisans seraient capables de transformer une canette vide en chef-d’œuvre. Bon, peut-être pas en mate, mais le résultat est tout aussi surprenant.
Au fil des décennies, ce lieu a été un creuset d’idées : débats enflammés sur ce qu’est l’art populaire, films projetés aux enfants dans les écoles, bals sous la tonnelle, et - écoutez bien - le doux froissement de pages dans sa bibliothèque, l’une des plus réputées sur le folklore argentin, avec plus de 14 500 ouvrages et une collection de vieux vinyles, vestiges des voix du passé.
Et même lorsque la dictature tenta d’effacer « populaire » du nom du musée, les artisans, les chercheurs et… les voisins ne cessèrent jamais de défendre cet univers où chaque objet, du plus modeste panier au plus somptueux poncho, porte la mémoire et la fierté du peuple argentin. Alors, la prochaine fois que vous croiserez une personne avec un beau sac en cuir ou un pull tissé main, demandez-vous : et si l’objet avait une histoire digne d’entrer dans ce musée? Bon, ne tentez pas de le glisser discrètement dans votre sac - la créativité, oui, mais le vol, non!
Intrigué par les collections, la galerie ou les débuts? Rendez-vous dans la section de discussion et je serai heureux de vous fournir plus de détails.


