
Regardez sur votre droite cette façade aux tons clairs où de massives arches en pierre grise sont littéralement encastrées dans la maçonnerie, avec leurs restes de colonnes coupées net qui semblent émerger du mur. C'est ici que se termine notre voyage à travers Aoste.
Vous vous souvenez de la Tour des Baillis que nous avons explorée il y a quelques instants? Ces deux lieux partagent une histoire fascinante. Au Moyen Âge, une puissante famille noble a pris le contrôle de cette tour ainsi que des immenses ruines qui se trouvent juste devant vous. Ils ont alors pris le nom de famille Du Palais, car à l'époque, les habitants appelaient cet endroit le palais rond. Ils avaient complètement oublié ce que ce lieu était réellement. Ce n'était pas du tout un palais. C'était l'amphithéâtre romain d'Aoste.
Imaginez la scène dans l'Antiquité. Ce bâtiment colossal comptait soixante arcades majestueuses. Elles étaient construites en bardiglio, un magnifique marbre gris extrait localement. Les constructeurs ont utilisé une technique appelée le bossage rustique, où la surface de la pierre est laissée volontairement rugueuse pour donner une impression de force brute et massive. C'est d'ailleurs ce style particulier qui nous laisse penser que l'édifice a été construit au premier siècle, un peu après la fondation de la ville.
L'amphithéâtre pouvait accueillir 15 000 spectateurs. C'est un chiffre absolument incroyable quand on sait que la ville entière de l'époque ne comptait qu'environ 10 000 habitants. Les foules devaient affluer de toute la vallée pour assister aux grands spectacles.
Si vous jetez un œil à l'écran de votre téléphone, vous verrez l'espace intérieur où se trouvait l'immense arène elliptique. Aujourd'hui, cet espace a une vocation bien plus douce. C'est devenu le verger luxuriant d'un couvent.

Comment ce lieu de divertissement antique est-il devenu un havre de paix? Avec l'arrivée du christianisme, les combats de gladiateurs ont été interdits. L'amphithéâtre a été abandonné et lentement utilisé comme carrière de pierre. Puis, en 1247, un vicomte local nommé Godefroy de Challant a fait construire un couvent sur ces mêmes ruines pour y loger des religieuses.
Les huit arches antiques que vous voyez merveilleusement intégrées dans le mur devant vous appartenaient en fait au deuxième étage du bâtiment romain. Le sol sur lequel nous nous tenons s'est tellement élevé au fil des siècles que ce deuxième étage se trouve aujourd'hui au niveau de la rue.
L'histoire a encore connu de légers bouleversements. En 1803, le gouvernement de Napoléon a expulsé les sœurs pour transformer les lieux à des fins civiles. Mais cette parenthèse n'a pas duré. Dès 1831, les sœurs de Saint-Joseph sont arrivées de Lyon pour soigner les malades et éduquer les jeunes filles de la région. Et savez-vous le plus beau? Elles habitent toujours dans ce couvent aujourd'hui.
C'est ainsi que l'histoire de cette ville s'est construite, couche après couche. De la fureur des anciens jeux romains à la tranquillité d'un verger entretenu par des religieuses. Ce fut un immense privilège de me promener avec vous à travers ces rues. Prenez grand soin de vous, et à bientôt.



