Droit devant, levez simplement la tête: vous verrez une fine guirlande de cabines vitrées qui glisse au-dessus du Rhin, depuis les berges côté vieille ville jusqu’à l’imposante forteresse d’Ehrenbreitstein. À Koblenz, on a l’art de relier les points… surtout quand il y a un fleuve au milieu.
Retour en arrière. En deux mille onze, la ville accueille la Bundesgartenschau, une grande exposition horticole qui attire des foules. Problème très concret: comment faire monter des milliers de visiteurs depuis le bord du Rhin jusqu’à la forteresse sans transformer les rues en parking à bus? Gros débat municipal: navettes, embouteillages, klaxons… ou une idée plus légère. Quelqu’un a fini par dire, en substance: “Et si on volait?” Voilà le téléphérique.
Les travaux commencent en avril deux mille neuf. Oui, quelques arbres ont été abattus, mais la règle avait un côté conte de fées: pour chaque arbre coupé, trois nouveaux ont été plantés. Ensuite, on tend d’énormes câbles d’acier au-dessus de l’eau, parfois avec l’aide d’un hélicoptère. Les habitants, eux, avaient le cou en l’air comme au feu d’artifice. En juin deux mille dix, les cabines brillantes sont suspendues, et Koblenz peut enfin monter à bord.
Côté technique, c’est du sérieux: presque neuf cents mètres de traversée, et environ cent douze mètres de dénivelé. C’est le premier téléphérique tricâble à mouvement continu d’Allemagne: deux câbles porteurs fixes supportent la cabine, et un troisième, mobile, la tire. Résultat: une capacité de sept mille six cents personnes par heure, dans les deux sens. Dans les cabines vitrées, la vue fait le tour complet, avec les bateaux en dessous et la vallée du Rhin tout autour.
Tout le monde n’a pas applaudi. L’U-N-E-S-C-O, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, craignait que la ligne gâche les perspectives historiques entre la basilique Saint-Castor et la vallée. Au départ, démontage prévu après trois ans. Sauf que les habitants ont dégainé plus de cent mille signatures et de grandes manifestations. Après des allers-retours administratifs dignes d’un roman, l’U-N-E-S-C-O a accepté: le téléphérique reste, au moins jusqu’en deux mille trente.
Chaque cabine, fabriquée en Suisse, emporte trente-cinq passagers, et l’une a même un plancher en verre. Le trajet dure quelques minutes, entraîné par un gros moteur électrique. Et pour la sécurité, on ne plaisante pas: même avec des vents de tempête dépassant cent quarante kilomètres par heure, la conception à deux câbles porteurs limite fortement le balancement, et des moteurs de secours peuvent ramener tout le monde.
Ce n’est pas juste un gadget: c’est un trait d’union entre la ville et la forteresse, entre les fêtes en bas et les pentes sauvages en haut. Et lors du tout premier départ, imaginez la scène: discours officiels, sourires figés… et des “autoportraits” pris avant que le mot ne devienne à la mode. Koblenz a retenu son souffle, puis a adopté son bel oiseau de verre.



