Devant vous, les installations du Rhin déroulent une longue promenade au bord de l’eau, avec des arbres de tous âges qui font un joli plafond de feuilles au-dessus des allées. Regardez vers le fleuve: on comprend tout de suite pourquoi les habitants viennent ici pour marcher, discuter, flâner, et simplement suivre le courant des yeux.
Maintenant, imaginez le même endroit il y a presque deux cents ans. Au lieu des promeneurs, des chevaux peinaient sur un chemin poussiéreux, tirant de lourds bateaux à contre-courant. Au ras de l’eau, des peupliers sauvages se tassent comme s’ils voulaient se cacher. Ce que vous voyez aujourd’hui, c’est un grand projet de “jardinage historique” sur environ trois kilomètres et demi, le long de la rive gauche de Coblence.
L’idée naît en mille huit cent neuf, pendant l’occupation française. Un administrateur français très énergique, Adrien de Lezay-Marnésia, lance ici des pépinières, c’est-à-dire des espaces où l’on fait pousser de jeunes arbres et arbustes avant de les planter ailleurs. On y trouve des fruitiers, des arbustes décoratifs, et la ville se retrouve avec un vrai jardin d’agrément. Les familles aisées viennent se promener entre magnolias, aubépines et chemins sinueux, histoire de se donner l’impression d’être à la campagne… en restant en ville. Seule question: qui taillait tout ça? Mystère, et je plains le jardinier.
Puis le conte se gâte. Lezay-Marnésia est muté, l’argent manque, et le “Parc Lezay” est vendu, utilisé même comme dépôt de bois de chauffage. Des décennies plus tard, les Prussiens arrivent et, au milieu du dix-neuvième siècle, la princesse Augusta, passionnée de jardins à l’anglaise, veut un terrain de jeux digne d’une princesse pour sa fille. Elle fait appel à Peter Lenné, vedette de l’architecture paysagère, l’art de concevoir des parcs qui paraissent naturels. Finis les parterres au cordeau: place aux pelouses, aux chemins qui serpentent, aux arbres en fleurs et aux bancs parfaits pour les confidences.
Le parc s’agrandit encore quand les anciennes fortifications sont démantelées en mille neuf cent deux. Après la guerre franco-prussienne, l’élan patriotique ajoute de grands monuments, empereurs et poètes en tête, façon “si on peut faire grand, pourquoi faire petit”.
Le vingtième siècle frappe fort: la Seconde Guerre mondiale bombarde Coblence, abîme arbres, pavillons et hôtels élégants. Beaucoup est détruit ou emporté. Les habitants retroussent les manches, replantent, refont les allées, et la verdure revient.
Dernière grande métamorphose: deux mille onze, avec la Bundesgartenschau, l’Exposition fédérale de jardins. D’où cette promenade modernisée, ses escaliers au bord de l’eau, ses jeunes alignements d’arbres, ses pelouses et ses grands platanes. Ici, l’ancien et le neuf cohabitent. Des pique-niques royaux aux festivals de fleurs, tout est passé par là. Et parfois, on capte même le parfum des tilleuls.
Si vous voulez, on peut poursuivre vers le Konrad-Adenauer-Ufer ou les jardins de l’impératrice Augusta. Retrouvez-moi dans la section discussion de l’application.



