Face à vous, sur la Münzplatz, repérez cette bâtisse à la fois sobre et fière: trois étages, façade couleur crème, grandes fenêtres soulignées de rouge, et une rangée de petites lucarnes qui sortent du toit sombre et en pente. C’est la Maison Metternich.
Elle a l’air bien sage, mais elle traîne plus de sept cents ans d’aventures derrière ses fenêtres. Au départ, au treizième siècle, on n’était même pas sur une “maison” au sens cosy du terme: ici se dressait une tour d’habitation médiévale. Une tour d’habitation, c’est un peu l’ancêtre du petit château urbain: de la pierre, de la hauteur, et une vue imprenable pour repérer autant les envahisseurs que les ragots du quartier.
Le domaine appartenait d’abord à la famille Bachem, et s’étendait jusqu’à l’ancienne muraille de la ville. Et voilà la partie qui me fait toujours sourire: cet endroit repose sur… du romain. Trois tours romaines, exactement. Koblenz, c’est le mille-feuille historique version Rhin et Moselle. En treize cent quatre-vingt-huit, la ville de Coblence possède tout le secteur. Au quinzième siècle, ça change de mains sans arrêt, et au dix-septième, c’est tellement délabré que la ville oblige les propriétaires à faire des réparations. Comme quoi, la rénovation “urgente” n’a rien d’une invention moderne.
Puis arrivent les Metternich, Wilhelm et Lothar von Metternich-Winneburg-Beilstein. En seize cent soixante-quatorze, ils reconstruisent: l’enveloppe que vous voyez vient largement de là. Et ici, en mille sept cent soixante-treize, naît Klemens Wenzel Lothar von Metternich, futur géant de la diplomatie européenne.
En mille sept cent quatre-vingt-quatorze, retournement: les révolutionnaires français entrent en ville, la famille perd la maison, et l’armée s’y installe. Ensuite, le bâtiment devient une université de droit. On y enseigne le Code civil, c’est-à-dire le grand texte qui fixe les règles de la vie quotidienne: propriété, contrats, famille.
Au dix-neuvième siècle, Metternich revient après l’exil, trouve l’endroit plus sale que dans ses souvenirs, l’écrit à sa mère, puis revend aux Prussiens après restitution par le roi. Les habitants de Coblence se cotisent, rachètent, et découpent l’ancien domaine en parcelles: efficace, et un brin têtu.
Avec le temps, la maison rapetisse, accueille une taverne à vin, un tribunal, même un foyer d’étudiants. Après la Seconde Guerre mondiale, ce n’est plus qu’une coque brûlée, rafistolée un temps pour continuer à servir, notamment avec la “Winninger Weinstube”. Dans les années mille neuf cent soixante-dix, restauration soignée. Aujourd’hui, un musée d’art et un centre de rencontre pour les jeunes y maintiennent la maison bien vivante. Regardez ces fenêtres: ici, les siècles ont défilé sans demander la permission.



