Pour repérer l’église Saint-Florin, cherchez deux grandes tours carrées, coiffées de flèches pointues en ardoise. Leurs murs blancs, soulignés de pierre jaune, surgissent du Florinsmarkt et prennent clairement le contrôle de la place. Deux gardiennes qui n’ont pas l’intention de se faire discrètes.
Maintenant, petit saut en arrière: imaginez-vous ici il y a presque mille ans, au cœur de l’Altstadt de Coblence. À l’origine, ce n’était même pas Saint-Florin, mais une petite chapelle dédiée à Marie, liée à une cour royale franque. La tradition raconte que le roi Childebert aurait pu y tenir sa cour en cinq cent quatre-vingt-six. On visualise les moines, capuches baissées, en train d’aller et venir, entre travail et prière, sur les pierres anciennes.
Le grand tournant arrive vers l’an mille cent. Bruno von Lauffen, futur archevêque de Trèves, décide de voir plus grand et commande une église de style roman, c’est-à-dire une architecture massive, aux arcs arrondis, conçue pour durer. Et elle dure tellement bien qu’on y réutilise même des portions de l’ancienne muraille romaine-franque de la ville: du recyclage avant l’heure. Avec ses trois nefs, autrement dit trois grands couloirs parallèles, et ses piliers impressionnants, elle devient un modèle pour les églises de la Moyenne Vallée du Rhin.
Ensuite, c’est un vrai roman feuilleton. La chapelle mariale est dédiée à saint Florin quand ses reliques arrivent de Suisse. Les archevêques donnent, et l’église finance des terres, des chapelles, et même un hôpital. Autour, le Florinsmarkt forme une fratrie de bâtiments historiques avec le Bürresheimer Hof, l’Altes Kaufhaus et le Schöffenhaus.
Au milieu du quatorzième siècle, on passe au goût gothique: l’abside, la partie arrondie derrière l’autel, est refaite en version plus élancée, et des voûtes s’élèvent au-dessus. Les flèches actuelles des tours datent de dix-huit cent quatre-vingt-dix-neuf.
En seize cent quatre-vingt-huit, pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg, l’armée française bombarde Coblence et une volée de boulets fait s’effondrer la voûte de la nef centrale. On répare vite, puis une statue de saint Florin est placée au-dessus de la porte sud, comme s’il surveillait les fauteurs de troubles.
À l’époque napoléonienne, l’église est saisie et manque de finir… en abattoir. Les habitants évitent cette idée, heureusement. En mille huit cent vingt, elle rouvre comme première église protestante de la ville, et appartient depuis à la fois à l’Église et au Land de Rhénanie-Palatinat.
À l’intérieur: une grande salle romane blanchie, des piliers en pierre grise de carrière, des vitraux du quatorzième siècle, et un orgue moderne de près de quatre mille tuyaux. Dans la chapelle baptismale, un boulet est encore coincé au plafond. Et dans la tour sud, cinq cloches sonnent, la plus ancienne fondue en mille cinq cent onze. Aujourd’hui, Saint-Florin est un morceau vivant du patrimoine mondial de l’UNESCO, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. Et si vous vous perdez dans l’Altstadt, souvenez-vous: ces deux tours, ce sont les grands serre-livres de l’histoire de Coblence.



