Juste devant vous, repérez ce haut socle de pierre rougeâtre, surmonté d’une grande figure en bronze. Un bras levé, un aigle fier comme un coq à ses côtés. Pour le trouver, regardez dans l’espace entre le vaste palais électoral derrière vous et le Rhin, tout près.
Allez, on entre dans l’épopée. Ce monument prend vraiment son sens dans les années mille neuf cent vingt, en Rhénanie d’après-guerre, après des années agitées et une occupation. Ici, à l’ombre du Palais électoral et face au Rhin, on ne rend pas seulement hommage à Joseph Görres, on célèbre aussi une idée très locale: la ténacité de Coblence, et l’amour des histoires où le petit résiste aux grands.
Qui était Görres? Né ici même à Coblence en mille sept cent soixante-seize, une année qui sentait déjà la poudre des révolutions, il devient journaliste engagé, ardent défenseur des libertés, et, si vous demandez aux politiciens bien raides, un véritable cauchemar.
Un monument, pourtant, ce fut un feuilleton. Dès sa mort en mille huit cent quarante-huit, on en voulait un. Mais Görres divisait tellement que le gouvernement prussien a freiné net: pas de statue. Il faut attendre l’après Première Guerre mondiale. La Rhénanie est alors sous occupation étrangère, le moral est fragile, et le conseil municipal décide: cette fois, on honore l’enfant du pays. Le message sous-jacent? Une affirmation très appuyée: le Rhin, c’est chez nous. Et l’endroit est symbolique, puisque Görres est né sous le règne du dernier électeur, à l’époque où ce palais sortait à peine de terre.
On monte des comités à n’en plus finir: présidents, chanceliers, archevêques. Le sculpteur local Richard Langer décroche la commande. Reste à payer. En période difficile, la collecte traîne, alors on avance à petits pas, et même la pose de la statue est retardée faute de fonds.
Finalement, en mille neuf cent vingt-huit, on installe la figure en bronze, haute de cinq mètres vingt-trois, sur un socle de quatre mètres en porphyre de Rochlitz, une roche volcanique particulièrement dure. Görres avance d’un pas décidé, le bras droit levé comme pour haranguer la foule. Dans la main gauche, un livre: ici, on rappelle que les mots peuvent frapper plus fort que les épées. À ses pieds, l’aigle prend la pose, évidemment.
Et attention: ce monument devient aussi un signal politique, au point que le haut-commissaire français interdit la diffusion des discours d’inauguration. Plus tard, il frôle la fonte pendant la Seconde Guerre mondiale, mais un maire suffisamment persuasif le sauve, et même les bombardements ne le font pas tomber.
En passant, cherchez l’inscription gravée sur les côtés: « Le Rhin est l’artère palpitante de l’Allemagne. » Pour un homme en bronze avec un livre et un aigle, ça a de l’ambition. Si vous voulez des détails sur l’emplacement, la construction ou la protection du monument, écrivez-moi dans le chat.



