Vous voilà devant un grand complexe moderne. Derrière ces façades vitrées, imaginez une ruche très allemande: des ingénieurs, des inventeurs et des experts des formulaires, tous occupés à garder la Bundeswehr, c’est-à-dire les forces armées allemandes, au sommet de la technologie. Le lieu porte un nom à rallonge: Bundesamt für Ausrüstung, Informationstechnik und Nutzung der Bundeswehr, autrement dit le B-A-A-I-N-B-W. Oui, le dire cinq fois d’affilée donne presque l’impression de passer un test d’entrée.
Leur mission, c’est l’équipement au sens large. Quand l’armée a besoin de quelque chose, cette agence le repère, le teste, l’achète et s’assure qu’on puisse l’entretenir. On parle de véhicules blindés, de sous-marins discrets, de casques dernier cri, d’uniformes “intelligents”… et même de la très humble gourde. Du premier croquis jusqu’à l’utilisation sur le terrain, et parfois jusqu’à la mise au rebut, tout passe par leur liste de contrôle.
Avant deux mille douze, ce grand orchestre était séparé en deux administrations: l’une pour l’ingénierie et les achats, l’autre pour les systèmes d’information. Fusionnées, elles ont donné le B-A-A-I-N-B-W, qui gère aussi bien les correctifs techniques que les énormes commandes, les enquêtes après dommages, et même l’envoi de matériel à des pays amis non membres de l’O-T-A-N.
Le siège est installé sur un site chargé d’histoire: l’ancien cœur administratif de la Rhénanie prussienne. À sa tête, un président au plus haut niveau de rémunération, épaulé par des vice-présidents, dont un vice-président “militaire”, histoire d’annoncer la couleur. Environ six mille huit cents personnes y travaillent, avec des militaires, des spécialistes de la logistique, et même autour de cent quatre-vingts consultants externes.
Et l’araignée a des pattes partout: terrains et centres d’essais techniques en Allemagne, avec des chars testés près de Trèves, des avions à Manching, des navires à Eckernförde, et des technologies à Greding. Des experts planchent sur la protection chimique à Munster, d’autres sur les matériaux à Erding, et des équipes vérifient aussi la conformité aux standards de l’O-T-A-N, réparties dans plusieurs villes.
Même ici, il y a eu du suspense. En deux mille vingt-trois, un officier surnommé “Captain” a été arrêté: il aurait gravé environ mille quatre cents pages de secrets sur des C-D et tenté de les déposer dans des ambassades pour la Russie. Après un procès bien dramatique, il a avoué et a écopé de plus de trois ans de prison.
Si vous apercevez l’emblème: une demi-roue dentée, un aigle allemand stylisé et la Croix de Fer, sur fond blanc barré de rouge, un clin d’œil à Coblence. Derrière l’apparence d’un simple bâtiment de bureaux, on façonne ici l’armée moderne, un casque, une ligne de code et un blindé à la fois. Et qui sait, quelqu’un y travaille peut-être aussi sur la tasse à café indestructible.
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