Devant vous, l’Hôpital Dr. Juan A. Fernández se repère facilement: un bâtiment blanc, moderne, à grandes baies vitrées avec des lettres noires affichant fièrement son nom au-dessus de l’entrée principale, flanqué d’une rampe et de marches où circulent soignants en blouses blanches.
Imaginez-vous dans le Palermo de la fin du XIXe siècle: pas encore de voitures klaxonnantes, seulement des rues poussiéreuses avec des saules planant au-dessus de terrains vagues et des maisons en désordre, assez loin du centre. Un endroit mystérieux, un peu oublié, où s’est installé ce qui allait devenir l’hôpital Fernández. En 1889, il ne s’appelait pas encore comme ça, mais « Dispensario de Salubridad et Sifilicomio Municipal » - avouez, c’est un nom à dormir debout, mais il avait du sens! Il s’occupait surtout des maladies contagieuses, à une époque où la syphilis faisait des ravages à Buenos Aires. Ici, ce n’était pas la douceur, plutôt la prudence et un brin de peur. Il paraît qu’à l’époque, cette institution était « plate et sombre », tout le contraire de ce que vous voyez aujourd’hui!
Avec les années, le quartier s’est transformé. En 1893, sous le regard du maire Miguel Cané, le lieu prend le nom d’Hôpital du Nord et se spécialise dans l’accueil des femmes sans abri, « victimes de contagions abominables ». Disons que pour la réputation, on repassera! Puis en 1904, l’hôpital reçoit un nouveau nom et une nouvelle ambition, honorant un homme d’exception: le Dr Juan Antonio Fernández, surnommé « l’Hippocrate argentin ». Ce pionnier était professeur, chirurgien, fondateur de la première académie nationale de médecine et même doyen de la faculté.
De 1907 à 1910, les marteaux-piqueurs s’en donnent à cœur joie: nouvelles salles de chirurgie, maternité, soins pour enfants, puis rayons X qui, à l’époque, faisaient plus peur qu’un film d’horreur. Plus tard, en 1937, rebelote: on décide une reconstruction en bonne et due forme. Le chantier s’étire jusqu’à 1943, date d’une inauguration digne des plus grandes fêtes et, histoire de faire bonne mesure, l’hôpital triple presque ses spécialités entre 1948 et 1953.
Et, vous savez quoi? L’hôpital Fernández n’arrête jamais: cliniques pour enfants, services urgences redoutés (mais admirés), divisions de toxicologie, infectiologie, traumatologie. Et puis, c’est ici qu’on forme des générations de médecins, grâce à son partenariat avec l’université. En 2018, le prix Konex vient reconnaître tout ce travail, la cerise sur le gâteau médical!
Alors, la prochaine fois que vous passez, pensez à tous les soupirs, les espoirs, les cris de vie et les histoires qui circulent ici, entre les murs blancs et les vitres qui regardent le Palermo d’aujourd’hui!


