Pour repérer le Musée du Rhin moyen, gardez l’œil sur un grand bâtiment ultra moderne, tout blanc, mêlant verre et pierre, avec des angles adoucis et une sorte de motif horizontal qui accroche la lumière. Il est posé au bord de la Zentralplatz, une place très animée. Impossible de le rater, sauf si vous marchez en lisant vos messages, et là je ne peux plus rien pour vous.
Maintenant, petit voyage dans le passé. Pas besoin de machine temporelle, juste d’imagination. En mille huit cent trente-cinq, l’histoire du musée commence dans une simple maison paroissiale. Le héros du jour s’appelle Joseph Gregor Lang, un prêtre passionné… et pas seulement par les sermons. Disons qu’il collectionnait les tableaux avec une ardeur presque suspecte. Résultat: plus de deux cents œuvres d’art entassées chez lui. Avant de disparaître, il lègue tout à la ville de Coblence, sans doute en espérant que quelqu’un penserait, de temps en temps, à enlever la poussière.
Le musée, ensuite, a eu une vie de déménageur professionnel. Après la maison de Lang, la collection passe par une école de garçons, puis un club de messieurs, puis même le théâtre municipal. À chaque fois, c’est trop petit, trop provisoire, ou bien on a besoin de la place pour une bibliothèque ou un abri antiaérien, c’est-à-dire un refuge construit pour se protéger des bombardements. Pendant la Première Guerre mondiale, on met les œuvres à l’abri et on les disperse dans des bâtiments officiels, comme des orphelins de l’art.
Entre les deux guerres, enfin un peu de calme: la collection s’installe au grand Palais des Électeurs, ancienne résidence des princes électeurs, ces seigneurs qui participaient à l’élection de l’empereur. Le musée s’enrichit: trouvailles archéologiques, objets insolites de la ville, dons de notables. Puis mille neuf cent quarante-quatre arrive, les bombes tombent, et des pièces précieuses disparaissent. Dans l’urgence, on cache aussi des œuvres dans des bunkers de forteresse.
Après la guerre, entre forces alliées, pillages et crues, la collection survit tant bien que mal. En mille neuf cent soixante-cinq, elle se pose au Florinsmarkt, avant de viser plus grand, et plus sûr. Et voilà le Forum Confluentes, ouvert en deux mille treize. À l’intérieur: art médiéval, paysages romantiques du Rhin, souvenirs urbains étonnants, et création contemporaine avec des artistes comme K. O. Götz et Heijo Hangen. Vingt mille trésors, des siècles d’histoires, et un musée qui ressemble à une capsule temporelle de Coblence.
Regardez bien cette façade lisse: derrière, on devine des collectionneurs obstinés, des conservateurs en fuite, et peut-être le fantôme d’un prêtre qui surveille encore ses tableaux. Allez, on continue vers la prochaine étape?



