
Au centre de cette petite place, un homme sculpté est assis de profil, adossé à un grand bloc orné d'un bas-relief de chevaux au galop. Voici Étienne-Jules Marey, un enfant du pays et un pionnier absolu de la science. Vous vous demandez peut-être ce qu'il a inventé? Marey est le père de la chronophotographie, une technique révolutionnaire permettant de capturer les différentes phases d'un mouvement sur une seule plaque photographique, ouvrant ainsi la voie à l'invention du cinéma.
La création de cette œuvre est une histoire fascinante de fierté locale et de détermination. En mil neuf cent huit, Auguste Dubois, le principal du collège de la ville, a créé un comité pour lancer une grande souscription publique internationale, ralliant des soutiens du monde entier pour honorer ce génie décédé quatre ans plus tôt. La réponse fut spectaculaire, prouvant à quel point la communauté tenait à célébrer son héros à travers les frontières.
Pour choisir l'artiste de ce mémorial, la ville a organisé un concours officiel. Le jeune sculpteur bourguignon Henri Bouchard, qui utilisait d'ailleurs souvent les travaux de Marey pour modeler ses propres statues d'animaux, s'est associé à l'architecte Régis Jardel. Pour garantir l'anonymat imposé par le concours, ils ont soumis leur projet sous le nom de code secret Duplex. Leur idée brillante a fait l'unanimité auprès du jury.
Observez bien la structure. À la Belle Époque, la mode était aux immenses piédestaux écrasants pour exalter les grands hommes. Mais ici, l'œuvre bouscule les règles. Marey est presque au niveau de la rue, proche de nous. À ses pieds, vous remarquerez un cylindre enregistreur, un appareil de sa propre invention, et des livres représentant ses nombreuses publications. Mais regardez sa main droite. Elle est suspendue dans le vide. À l'origine, il tenait fermement un chronomètre, symbole de sa maîtrise du temps. Cet objet a mystérieusement disparu au fil des décennies, probablement volé, laissant ironiquement le savant hors du temps.
Ce monument est taillé dans la pierre de Pouillenay, une roche calcaire locale magnifique mais particulièrement sensible. Avec le temps, les éléments ont noirci la statue, la recouvrant de micro-organismes menaçants. C'est ici que la préservation du patrimoine prend tout son sens. En écho parfait à la mobilisation d'Auguste Dubois un siècle plus tôt, l'association des Amis de Marey a lancé une nouvelle souscription. Le public a répondu présent en récoltant près de sept mille euros pour une restauration d'urgence. Au printemps deux mille seize, le restaurateur Jean Delivré a minutieusement purgé et réparé la pierre, rendant à Étienne-Jules Marey son éclat d'antan. C'est une preuve magnifique que les habitants refusent de laisser leur mémoire s'effacer.
Maintenant, retournons vers le cœur médiéval de la ville pour y découvrir une histoire sombre de reddition forcée. Prenez la direction de la Tour de l'Horloge de Beaune, qui se trouve à seulement trois minutes de marche d'ici.



