
À votre gauche se trouve le musée Jean-Lurçat, dont le cœur est une immense salle aux voûtes d'ogives en pierre claire, ces plafonds aux arcs croisés caractéristiques, soutenue par de fines colonnes encadrant de colossales tapisseries sombres.
Cet édifice n'a pas été conçu pour abriter des œuvres d'art. Comme beaucoup de sanctuaires de la Doutre, il a été reconverti. En l'an mille cent soixante-quinze, Étienne de Marsay, le sénéchal d'Anjou, un magistrat militaire de haut rang représentant le roi d'Angleterre, a fondé cet hôpital. Il l'a fait bâtir comme un acte de pénitence après le meurtre tragique de l'archevêque Thomas Becket. Conçu comme un Hôtel-Dieu, une institution hospitalière gérée par l'Église pour soigner les plus pauvres, ce chef-d'œuvre de l'architecture pouvait accueillir jusqu'à cinq cents malades.
Ironiquement, l'homme qui a financé ce lieu de guérison a connu une fin nettement moins paisible. Après avoir organisé la défense des territoires français du roi, Étienne a été emprisonné par Richard Cœur de Lion. Dépouillé de ses titres et de ses richesses, il est mort misérablement dans les geôles en mille cent quatre-vingt-dix. Ses ambitions ont été broyées par les luttes de pouvoir implacables de la noblesse, mais son institution de charité a continué à fonctionner jusqu'en mille huit cent soixante-cinq.
Aujourd'hui, la grande salle des malades conserve encore une ancienne apothicairerie du dix-septième siècle. Mais elle sert surtout d'écrin au Chant du Monde. Cette série monumentale de tapisseries a été réalisée par Jean Lurçat au milieu du vingtième siècle. Terrifié par la menace de la bombe atomique pendant la guerre froide, Lurçat a tissé une apocalypse moderne. Son récit commence par la destruction nucléaire d'Hiroshima, mais évolue avec une grâce infinie vers un message d'espoir où l'humanité trouve enfin l'harmonie avec l'univers.
Juste à côté, dans un ancien orphelinat, l'architecture cache une autre histoire de résilience. L'artiste Thomas Gleb y a traduit son propre traumatisme à travers la laine. Après avoir perdu toute sa famille dans le ghetto de Lodz pendant la Seconde Guerre mondiale, il a créé des œuvres spirituelles bouleversantes. Ses tapisseries présentent de grandes fentes verticales tissées, de profondes déchirures dans le tissu qui évoquent des cicatrices indélébiles et révèlent la fragilité de la vie humaine.
Ce musée fascinant, qui vous ouvre ses portes tous les jours sauf le lundi de dix heures à dix-huit heures, transforme brillamment la douleur brute en une beauté saisissante.
À présent, nous allons quitter la médecine de l'époque médiévale pour explorer la science de pointe. Dirigeons-nous vers le laboratoire Arts et Métiers ParisTech, situé à seulement cinq minutes de marche.



