
À votre gauche se trouve le Couvent du Carmel, un vaste édifice aux longs murs de pierre apparente, coiffé d'une haute toiture en ardoise et marqué par un imposant portail d'entrée classique. C'est un endroit d'un calme absolu, mais ne vous y trompez pas, ces murs cachent une histoire fascinante.
L'histoire commence en janvier mil six cent vingt-six, lorsque cinq religieuses arrivent en ville pour fonder ce monastère. À leur tête se trouve une prieure, la supérieure de la communauté, nommée Renée de Jésus-Maria. Elle n'a que vingt-six ans. C'est une dirigeante extraordinairement jeune pour manœuvrer à travers les intrigues politiques de l'époque, mais elle savait manifestement ce qu'elle faisait. Après des années d'installations provisoires, la communauté accomplit un coup de maître en mil six cent trente-huit en achetant l'Hôtel de Puy-Gaillard.
Regardez la deuxième photo sur votre application pour découvrir l'entrée historique de ce bâtiment. Pensez au contraste saisissant. Cet hôtel particulier, portant le nom de l'ancien gouverneur de la région, passe soudainement des mains de l'aristocratie flamboyante à celles d'une communauté dédiée au silence total. L'autorité de l'épée cède la place à l'influence discrète de la prière. Pendant plus d'un siècle, ces femmes vivent complètement cachées du monde extérieur, enterrant même leurs sœurs défuntes sous les dalles de leur cloître, la cour intérieure et fermée de l'édifice.

Mais cette longue quiétude s'effondre avec la Révolution française. En mil sept cent quatre-vingt-douze, les religieuses sont expulsées et le couvent est confisqué. Leur sanctuaire subit une transformation brutale. Il devient tour à tour un orphelinat, puis un hôpital pour les malades incurables. Huit carmélites sont même arrêtées et condamnées au terrible châtiment de la déportation perpétuelle. Ce qui, ironiquement, s'est avéré nettement moins perpétuel que prévu, puisqu'elles ont réussi à survivre à la Terreur et ont été libérées quelques années plus tard.
Aujourd'hui, après que d'autres sœurs ont racheté les lieux au dix-neuvième siècle et survécu à un bombardement américain dévastateur en mil neuf cent quarante-quatre, une petite vingtaine de carmélites y vivent encore. Elles fabriquent les hosties, le pain mince et sacré utilisé lors de la communion, pour tout le diocèse. Une présence obstinée et invisible, à l'abri des bouleversements du siècle.
Dirigeons-nous maintenant vers le Couvent des Augustins, à seulement trois minutes de marche d'ici, où un autre ordre religieux a connu un séjour beaucoup plus mouvementé et écourté.



