
Sur votre gauche, vous verrez la Chapelle du Crucifix, une haute structure en pierre blanche dotée d'une grande arche ouverte, couronnée par une flèche en métal très travaillée et abritant une imposante croix en son centre.
Représentez-vous cet endroit, non pas dans le calme absolu d'aujourd'hui, mais envahi par la foule. Au quatorzième siècle, lors de la procession du Grand Sacre, vingt à trente mille personnes s'entassaient dans ces rues. C'était un chaos invraisemblable pour une si petite place. L'abbesse de Ronceray, notre vieille connaissance, détenait le privilège exclusif de décorer la baie de cette chapelle avec ses tapisseries les plus somptueuses, des fleurs fraîches et des cierges blancs. Une démonstration de foi, sans doute, mais surtout une formidable démonstration de force et de domination aristocratique.
À l'origine, cet emplacement abritait une mystérieuse chapelle octogonale du douzième siècle surnommée la tuba. Érigée sur un cimetière, elle servait probablement de lanterne des morts, une petite tour lumineuse destinée à guider les âmes des défunts. Mais la Révolution française a balayé tout cela. L'édifice et le cimetière ont été totalement rasés. Pour maintenir le faste des processions au dix-neuvième siècle, la paroisse s'est mise à construire de fragiles répliques en bois qu'il fallait assembler et démonter chaque année. Une véritable absurdité logistique qui coûtait entre deux mille cinq cents et trois mille francs par an, soit l'équivalent de dix mille euros modernes jetés dans le vide.
L'évêque Charles-Émile Freppel a logiquement mis fin à ce gouffre financier en dix-huit cent soixante-quatorze en ordonnant la construction d'un monument définitif. Prenez le temps d'examiner la maçonnerie devant vous. Remarquez-vous l'absence des quatre piliers centraux et des contreforts massifs qui devraient normalement soutenir une structure de cette hauteur? Le destin a frappé l'architecte René-Eugène Dusouchay, mort en plein chantier. La chapelle a dû être consacrée à la hâte, et faute de moyens, les plans originaux ont été abandonnés.
L'immense Christ en croix en fonte a été érigé bien plus tard, en dix-huit cent quatre-vingt-onze. La congrégation des pères rédemptoristes l'a installé pour marquer de façon spectaculaire leur arrivée en ville et imposer définitivement le nom du monument. Encore une lutte de pouvoir, cette fois-ci figée dans le métal.
Dirigeons-nous maintenant vers l'Hôtel rue de l'Hommeau. C'est à environ trois minutes de marche d'ici, et je vous y montrerai les vestiges tenaces d'une ancienne tour-manoir médiévale.



